Penseurs, théologiens et philosophes
Fadiey Lovsky (1914-2015)
Né à Paris de parents russes d’origine orthodoxe, mais non pratiquants, fuyant le tsarisme, il rencontre le Christ à travers des camps de jeunes protestants par l’exemple et l’enseignement de pasteurs. Baptisé à l’âge de vingt ans en 1934, il sera dès lors sensible au protestantisme pentecôtiste incarné par la figure du pasteur Louis Dallière. On dit aussi que la parabole de l’aveugle-né (Jean, 9) a joué un rôle dans sa conversion. Chacun se rappelle que, dans cette parabole, Jésus répond à la question de l’origine du mal de cet homme : « … c’est pour que les œuvres de Dieu se manifestent en lui ».
Son engagement
Il est et restera professeur d’histoire dans l’enseignement secondaire pendant toute sa carrière, ce qui, disait-il, lui laissait du temps pour ses études bibliques. Il est très tôt interrogé par l’existence douloureuse du peuple juif à travers les âges, signe pour le monde et singulièrement pour l’ensemble des Églises. C’est ainsi qu’il est l’un des premiers historiens et théologiens chrétiens après la Shoah à écrire un ouvrage important : Antisémitisme et Mystère d’Israël [1]. Ce livre est en quelque sorte le pendant théologique du livre de Jules Isaac Jésus et Israël paru quelques années plus tôt. Il y fait le procès de la « théorie de la substitution » (il parlait lui-même plus volontiers de « théorie du rejet ») qui a dominé la doctrine de l’Eglise pendant des siècles et selon laquelle cette dernière serait devenue le Verus Israël, rejetant la première Alliance dans l’oubli et le mépris. En lien justement avec Jules Isaac et Edmond Fleg, il co-fonde l’Amitié Judéo-Chrétienne de France en 1948. Il dirige aussi dès 1947 les Cahiers d’Études Juives – expression très audacieuse à l’époque – de la revue protestante Foi et Vie, et la même année devient le premier secrétaire, puis le président de 1980 à 1986, de la commission « Église et peuple d’Israël » de la Fédération protestante de France.
Ses intuitions
L’une de ses grandes intuitions est que si chaque Église porte en priorité sa recherche sur sa racine sainte, vétéro-testamentaire, c’est-à-dire juive, en suivant la recommandation de saint Paul dans son Épître aux Romains (9-11), chaque Église aura à partir de là une relation renouvelée avec les autres Églises. Cette intuition s’inscrit dans le droit fil de la pensée du cardinal Béa et du père Dupuy. Son autre grand livre qui en porte la trace vive est La déchirure de l’absence, avec son sous-titre, Essai sur les rapports de l’Église du Christ et du peuple d’Israël[2], et particulièrement son chapitre : « Le peuple d’Israël, pivot œcuménique du peuple de Dieu ». Il enjoint à chaque chrétien de penser conjointement la relation avec les autres Églises et celle avec ses frères juifs. Par ailleurs, l’auteur se montre préoccupé par la dégradation des rapports entre Juifs et Chrétiens à la suite du conflit israélo-arabe et produit une intéressante analyse chrétienne du sionisme.
Avant sa mort, il avait réuni dans plusieurs classeurs des feuillets qu’il avait intitulés Notules bibliques[3]. Retrouvées par sa fille après son décès, elles ont été publiées en 2020. L’auteur y transmet sa lecture originale de 233 péricopes bibliques du Premier et du Second Testament. Fruit d’une foi vivante, ces brefs commentaires, faciles d’accès, peuvent être lus au quotidien, à l’image des livres de piété qui donnent un viatique pour la journée. Au fil de la lecture, on découvrira des interprétations qui renouvellent notre compréhension du lien existentiel entre la foi juive et la foi chrétienne.
Fadiey LOVSKI
La déchirure de l’absence. Essai sur les rapports de l’Eglise du Christ et du Peuple d’Israël,
Calmann-Lévy, coll. Diaspora, 1971
Le Royaume divisé : Juifs et Chrétiens, Saint-Paul, 1987, 60 p.
Frère Pierre Lenhardt (1927-2019)
Pierre Lenhardt nait à Strasbourg mais il passe son enfance et son adolescence au Maroc. Il termine ses études supérieures à l’École des hautes études commerciales (HEC) en 1950. Puis il se lance dans la vie professionnelle pendant une douzaine d’années avant de s’apercevoir que ce n’est pas le véritable sens qu’il entend donner à a vie.
En 1963, il devient le Frère Pierre Lenhardt, religieux de Notre-Dame de Sion. Après un mémoire de maîtrise en théologie à l’Institut Catholique de Paris en 1970 sur le thème : Conditions de légitimité d’un témoignage chrétien auprès des Juifs, il étudie à l’Université hébraïque de Jérusalem où il obtient un master d’études talmudiques. Il enseigne ensuite à Jérusalem, au Centre chrétien d’études juives qu’il a fondé et dirigé, et à l’École Biblique. Il enseigne également dans de nombreux instituts à travers le monde. Il témoigne de sa démarche à l’École cathédrale de Paris le 9 mai 2006 en ces termes : « En réalité, je me suis rendu compte que ma seule possibilité de légitimer le témoignage était de plonger dans l’océan du Talmud, d’écouter son immense musique, d’entendre alors et de faire entendre ses résonnances possibles avec la foi chrétienne »
Ses écrits
Il nous a laissé plusieurs ouvrages[4], dont le premier, La Torah orale des Pharisiens. Textes de la tradition d’Israël est un supplément aux Cahiers d’Évangile (n°73).
Une vie chrétienne à l’écoute d’Israël[5] est son autobiographie qu’il rédige sous la pression de ses proches, publiée à titre posthume en 2021.
Il souligne dans tous ces écrits la valeur de l’étude pour les chrétiens, sur le modèle du Talmud-Torah des Juifs. A partir du « si grand patrimoine spirituel, commun aux chrétiens et aux juifs » dont il est question dans la déclaration conciliaire Nostra Aetate, il fait connaître aux chrétiens ce qu’il a entendu de ses maîtres juifs concernant la recherche de Dieu, sa présence, le renouvellement (hiddush) de l’Alliance dans le judaïsme rabbinique, la résurrection à partir de la tradition pharisienne et l’attachement à la Terre d’Israël.
A la fin de l’année 2017, il expliquait dans un entretien au journal Paris-Notre-Dame : « Ce n’est pas au judaïsme comme tel que j’ai consacré ma vie, mais à la Parole de Dieu qui parle à travers la tradition d’Israël ». Et il ajoutait : « Nous, chrétiens, avons fondamentalement besoin des juifs. Et plus encore que le dialogue, l’étude des textes juifs est essentielle pour enrichir notre propre vie chrétienne ».
C’est effectivement sa grande originalité au sein du dialogue judéo-chrétiens : privilégier l’étude des textes et, bien sûr, leur écoute.
Pierre Lenhardt,
Une vie chrétienne à l’écoute d’Israël,2021, Parole et silence
À l’écoute d’Israël, en Église,T.1 2006 et T.2 2009, Parole et Silence
La Torah orale des Pharisiens, Cahiers Évangile n.73, Cerf
Emmanuel Levinas (1906 – 1995)
Emmanuel Levinas naît à Kaunas, dans l’Empire russe auquel était rattachée la Lituanie à l’époque., Il reçoit une éducation juive traditionnelle. La famille parle yiddish, lituanien et russe, auxquels il convient d’ajouter l’hébreu. Le jeune Levinas est donc polyglotte dès l’enfance. Durant ses années de lycée, il lit les grands écrivains russes, notamment Pouchkine, Lermontov, Tolstoï et aussi Dostoïevski, dont il répétait souvent cette phrase extraite des Frères Karamazov : « Chacun est responsable de tout devant tous, et moi plus que tous les autres » qui résume assez bien la ligne directrice de sa pensée.
En 1923, il se rend en France pour y étudier la philosophie. Il y restera jusqu’en 1927 et rencontre Maurice Blanchot avec lequel il entretiendra une profonde amitié.
En 1928, il est en Allemagne, à Fribourg-en-Brisgau, où il est élève d’Edmond Husserl, le célèbre phénoménologue, puis de Martin Heidegger
Il y fait l’apprentissage de la phénoménologie[6], qui le marquera profondément
Après sa thèse de doctorat, il suit les cours, à Paris, de Léon Brunschvicg ainsi que ceux d’Alexandre Kojève sur Hegel et assiste aux rencontres philosophiques de Gabriel Marcel. Emmanuel Levinas est et restera fondamentalement un philosophe.
Il obtient la nationalité française en 1931 et se marie l’année suivante avec Raïssa Levi
De 1933 à 1939, il œuvre à l’Alliance israélite universelle (AIU).
La guerre
Sous-officier de réserve, il est mobilisé à la déclaration de guerre de 1939 en tant qu’interprète de l’armée pour le russe.
Dès 1934, il avait publié son premier article dans la revue Esprit, article dans lequel il expliquait que l’émergence du concept de race supérieure, au fondement de la philosophie « primaire » de l’hitlérisme, était une réaction à l’autonomie de la raison portée par les modernes, comme à l’idéal chrétien du détachement de l’âme par rapport au corps. Neuf mois plus tard, il est fait prisonnier de guerre à Rennes puis envoyé dans un Stalag près de Hanovre et le restera pendant toute la durée de la guerre. Ainsi, il échappera à la déportation dans les camps d’extermination alors que presque toute sa famille restée en Lituanie sera massacrée par les nazis.
Sa femme et sa fille, quant à elles, ont pu se réfugier chez les sœurs de Saint-Vincent -de-Paul, près d’Orléans. Il est probable que ce fait a joué un rôle dans sa position de plus en plus ouverte vis-à-vis du christianisme dans son œuvre. Il écrira au Stalag ses Carnets de captivité et l’essentiel de son premier livre publié en 1947 : De l’existence à l’existant.
Sa recherche
De retour en France à la libération, il trouve à Paris le soutien actif de membres de la communauté académique comme Jean Wahl, fondateur du Collège philosophique qui est aussi son éditeur. Il enseigne à l’École normale israélite orientale (ENIO) de Paris, dont il devient le directeur à l’instigation de René Cassin. Cette école forme les enseignants de l’AIU dont il est par ailleurs le secrétaire. Il occupera cette fonction pendant 34 ans, tout en poursuivant une carrière universitaire à partir de 1964.
C’est à cette époque qu’il commence à étudier le Talmud sous la houlette d’un rabbin philosophe et talmudiste. Malgré sa prédilection pour ce domaine, Emmanuel Levinas ne se prétendra jamais « talmudiste » mais « amateur, avec toute la connotation amoureuse du terme ».
Il écrit dans Éthique et infini[7],: « La politique doit pouvoir être contrôlée et critiquée à partir de l’éthique ». A cet égard, il se montrera particulièrement exigeant par rapport à l’État d’Israël qui ne devait pas à ses yeux devenir un État comme les autres. Il avait écrit dans Difficile liberté[8], vingt ans plus tôt : « Ce n’est pas parce que la Terre sainte prend la forme d’un État qu’elle se rapproche du règne messianique. Mais c’est parce que les hommes qui l’habitent entendent résister aux tentations de la politique. »
Cependant, Emmanuel Levinas n’adhère pas à la philosophie politique du sionisme. A ses yeux, l’enracinement dans une terre n’efface pas l’autre grande tradition dans la mémoire juive, liée à l’expérience millénaire de l’exil.
Emmanuel Levinas est mort le 25 décembre 1995, pendant les fêtes de Hanoucca.

Colette Kessler (1928-2009)
Colette Kessler est une universitaire qui a consacré sa vie à transmettre le judaïsme à des enfants et adultes juifs. Diplômée de l’Institut international d’études hébraïques, elle a été directrice des cours d’enseignement religieux à l’Union libérale israélite de France (ULIF) de 1950 à 1977, puis au Mouvement juif libéral de France (MJLF), qu’elle co-fonde avec le rabbin Daniel Fahri, de 1977 à 1988.
Ses enseignements
Cette femme de conviction est une pionnière du dialogue judéo-chrétien. Se mettant à l’écoute du renouveau d’intérêt du monde chrétien pour l’environnement juif de Jésus, les sources juives du christianisme et le judaïsme dans sa pérennité, elle y travaille pendant plusieurs décennies, notamment aux côtés du prêtre dominicain Bernard Dupuy, alors premier secrétaire du Comité épiscopal pour les relations avec le Judaïsme, et du pasteur Michel Leplay.
Elle fait connaître également le judaïsme et la tradition juive à des non-juifs, chrétiens et musulmans, et devient membre de la Fraternité d’Abraham, fondée pendant la guerre des Six Jours en 1967 pour témoigner de la volonté de dialogue entre les trois religions du Livre.
Elle enseigne aussi longtemps l’exégèse juive des textes du Premier Testament en milieu chrétien, au sein du Service d’Information et de documentation Juifs-Chrétiens (SIDIC). Elle se situe dans la lignée des principaux acteurs du dialogue judéo-chrétien du côté juif comme Edmond Fleg et Jules Isaac.
Vice-présidente de l’Amitié Judéo-Chrétienne de France (AJCF) de 1977 à 2009, elle œuvre pendant tout ce temps au rapprochement interconfessionnel en écrivant des articles, en faisant des conférences et en organisant des sessions d’études, de préférence dans les monastères. Dans La Reine qui ne craignait que Dieu : histoire d’Esther[9], elle explique l’origine de ce texte biblique, sa signification et le contexte historique dans lequel il se situe, mais aussi la longue suite de persécutions du peuple juif qu’il préfigure et la fête de Pourim (Les sorts) qu’il inaugure.
Pour toutes ses actions, elle reçoit le Prix de l’AJCF en 1990, et le Prix des Écrivains croyants d’expression française pour son livre L’Éclair de la Rencontre. Juifs et Chrétiens : ensemble, témoins de Dieu[10].
Dans Dieu caché, Dieu révélé : essais sur le Judaïsme[11], elle nous conduit à la rencontre du Buisson ardent, fruit d’une méditation approfondie auprès d’une communauté monastique. Le Dieu d’Abraham, d’Isaac et de Jacob, le Dieu de Jésus-Christ, s’y révèle tout à la fois dans sa proximité et dans son mystère. Dévoilement et retrait qui scandent l’histoire du peuple juif, que ses fêtes ne cessent de célébrer et ses Écritures de méditer. Comme s’écrie le verset d’Isaïe : « Mais pour sûr, tu es un Dieu qui se tient caché, Dieu d’Israël, celui qui sauve » (Isaïe, 45,15 dans la traduction œcuménique de la Bible).
Colette KESSLER,
L’éclair de la rencontre, Juifs et Chrétiens : ensemble, témoins de Dieu, Parole et silence, 2004
Dieu caché, Dieu révélé, Parole et silence, 2017
André Chouraqui (1917 – 2007)
Nathan André Chouraqui nait en Algérie dans une famille juive pratiquante. Il étudie la Torah très jeune avec un rabbin. Sa langue maternelle est l’arabe, auquel il faut ajouter l’hébreu et le français. Lors de sa jeunesse en Algérie, une expérience décisive le marque pour son existence entière et se trouve à l’origine de sa vocation de rassembleur des hommes et des civilisations. Il écrit dans La Reconnaissance[12]: « Assis sur le pas de la porte, au coin du boulevard Pasteur et du boulevard de la Révolution, à Ain-Temouchent, en Algérie alors française, je ne me lassais pas d’observer sur les visages les syndromes des méconnaissances dans notre petite ville. La haine ou le mépris du chrétien, du juif ou du musulman nous séparait les uns des autres, précisément ce qui eût dû nous réunir étroitement, nos religions nées de la Bible, des Évangiles ou du Coran, annonciateurs d’un même Dieu d’unité et d’amour ».
Ses études de droit le conduisent à Paris en 1935 où il entame également des études rabbiniques. Il est promu docteur en droit international public à l’Université de Paris.
Ses engagements
Entre 1942 et 1944, il rejoint le réseau de résistance Garel, à Lyon, est particulièrement actif dans un maquis du centre de la France, près du Chambon-sur-Lignon. Ce sera pour lui l’occasion de nouer de nombreux liens avec des personnalités comme Jules Isaac ou avec les milieux chrétiens, notamment protestants.
Abandonnant sa carrière de magistrat, il devient secrétaire de l’Alliance israélite universelle (AIU) en 1947 et en deviendra le délégué permanent. Il va participer à l’aventure de la renaissance d’Israël.
Il est vice-président de la Commission des Organisations non Gouvernementales auprès de l’UNICEF-UNAC de 1950 à 1956 et directeur de la Collection Sinaï aux Presses Universitaires de France. Il publie en français des textes fondamentaux de la culture juive, tels que les écrits de Luzzato, Buber, Kaufmann, Halkin, Maïmonide.
En 1958, il t s’installe à Jérusalem où il reste le porte-parole de la culture française. Il est notamment président de l’Alliance française de Jérusalem.
A l’instar d’André Neher, il s’emploie à faire connaître le judaïsme à ses contemporains.
Ses convictions
André Chouraqui voit dans le peuple juif celui de la Torah, créateur de l’exégèse et non pas de dogmes théologiques. A ses yeux, l’important est que le message juif se soit incarné dans un État, hors les murs du ghetto ou du mellah. Cet engagement prend un tour très concret en 1959 lorsqu’il devient le conseiller de Ben Gourion, alors Premier ministre d’Israël, pour les problèmes d’intégration des Juifs originaires des pays musulmans et pour les relations intercommunautaires.
Ses actions
A partir de ce moment-là, il est un ambassadeur d’Israël et de la paix dans le monde entier. Il voyagera dans plus de 80 pays, multipliant les conférences et les débats, notamment sur les problèmes politiques et spirituels soulevés par la résurrection de l’État d’Israël.
En plus de ses nombreux livres, il rédige des centaines d’articles dans la presse mondiale. Universelle dans son essence, son œuvre s’étend à divers domaines, tels que la poésie et le théâtre, l’histoire et la sociologie, le droit et bien entendu l’exégèse de l’Ancien et du Nouveau Testament dont il publiera une traduction en français à laquelle s’ajoute celle du Coran en 1990.
Dès son installation en Israël, il est aussi l’inspirateur et le fondateur des Comités de coopération inter-religieuse groupant des représentants des autorités juives, chrétiennes et musulmanes. Ces comités représentent une innovation en jetant un pont entre des religions et des confessions séparées par des siècles de conflits. En sa qualité de membre du Comité exécutif du Congrès Mondial des Religions pour la Paix, il prendra une part active dans les mouvements interconfessionnels et militera pour le développement de l’amitié entre juifs, chrétiens et musulmans. Il n’aura pas rencontré moins de quatre papes dans sa vie, de Pie XII à Jean-Paul II, notamment sur le thème de la reconnaissance de l’État hébreu par le Vatican.
Il assistera à plusieurs séances du Concile et il fera la connaissance du Cardinal Daniélou dans le cadre de la déclaration Nostra Aetate. De cette rencontre naîtra la Fraternité d’Abraham, créée en 1967, mouvement réunissant les adeptes des religions abrahamiques, en collaboration avec le Recteur de la Mosquée de Paris, Hamza Boubaker, et le Père Riquet.
La Bible
En 1987 paraît chez Desclée De Brouwer sa traduction française de la Bible massorétique, du nom des Massorètes, familles de scribes et d’érudits juifs qui se sont attachés à fixer définitivement sous forme écrite le texte de la Bible hébraïque entre le VIe et le Xe siècle après Jésus-Christ. Il a traduit également les livres deutéronomiques et les Évangiles.
Surprenante au premier regard pour le lecteur, cette traduction présente l’incomparable avantage pour ceux qui ne savent pas lire l’hébreu d’être littérale et de donner une idée de ce qu’était le texte hébraïque à l’origine.
André Chouraqui s’est éteint à Jérusalem le 9 juillet 2007 après avoir résidé dans cette ville près de cinquante ans.
André Chouraqui,
La Bible, 1989, Desclée de Brouwer
Père Michel REMAUD (1940 – 2021)
Grande figure du dialogue judéo-chrétien, Michel Remaud, né en 1940, est Père de Chavagnes, une congrégation vendéenne. Ordonné prêtre en 1966, il achève ses études de théologie à Rome. Il obtient également une licence en sciences sociales à l’Institut catholique de Paris. Il est nommé professeur au Grand séminaire de Bordeaux en 1970. Il est aumônier des étudiants et fait à cette époque peu à peu connaissance du judaïsme et du dialogue judéo-chrétien. Mais ce n’est qu’en 1979 qu’il pose pour la première fois le pied en Terre sainte.
Jérusalem
Il étudie à Jérusalem jusqu’en 1983, puis il est nommé délégué pour les relations avec le Judaïsme de son diocèse à son retour. Il devient un éminent spécialiste de la tradition orale du judaïsme, le midrash, (commentaire) qu’il étudie pour lui-même, mais aussi comme soubassement constant du Nouveau Testament, suivant en cela son maître, le Père Roger Le Déaut. Il confie à ce sujet: « J’ai eu une chance que je n’ai vraiment mesurée qu’a posteriori de fréquenter pendant quatre ans un homme qui était un puits de science et un spécialiste du Targum (la traduction araméenne de la Bible hébraïque qui comporte de nombreux ajouts et commentaires interprétatifs). »
Il repart pour Jérusalem en 1986. Il est d’abord professeur au Centre chrétien d’études juives de l’Institut Ratisbonne, affilié à l’Institut catholique de Paris, puis à l’Institut chrétien d’études juives, connu sous le nom d’Institut Albert Decourtray qu’il fonde et dirige de 2001 à 2016. Il devient alors un pilier de la communauté catholique hébréophone de Jérusalem. Il s’agit, dans l’esprit du Père Remaud, de permettre aux chrétiens d’accéder à une connaissance du judaïsme par les sources en se familiarisant avec la Mishna (le premier recueil écrit de la tradition orale de la Torah compilé vers le début du troisième siècle de l’ère chrétienne), le Talmud, qui ajoute à la Misnah ses propres commentaires, et plus généralement l’ensemble des commentaires exégétiques de la Bible, aussi bien de l’Antiquité que du Moyen-Âge. Il s’agit aussi d’enseigner une histoire de la tradition juive des origines jusqu’à nos jours, ce qui suppose une familiarisation avec la liturgie synagogale et débouche sur une réflexion théologique sur le rapport entre l’Eglise et le peuple juif ou encore entre la foi chrétienne et le judaïsme.
Ses écrits
A son retour en France, il enseigne à la faculté de théologie de l’Université catholique de l’Ouest à Angers et parcourt le pays pour donner des conférences, notamment sur le Nouveau Testament et la tradition rabbinique. Pour montrer comment l’Évangile s’enracine dans le monde juif, il a écrit de nombreux ouvrages, dont Paroles d’Évangile, paroles d’Israël [13]et Du neuf et de l’ancien[14] . Il publie aussi beaucoup sur l’histoire des relations entre juifs et chrétiens et sur la vie des communautés chrétiennes aujourd’hui en Israël : Chrétiens et Juifs entre le passé et l’avenir[15] et l’Eglise au pied du mur : Juifs et Chrétiens, du mépris à la reconnaissance[16].
Comme le confie Eliane Ketterer qui a enseigné à ses côtés et fut sa proche collaboratrice : « Il était un grand théologien. Un grand enseignant qui savait transmettre ce qu’il avait étudié et appris auprès des Juifs en les respectant profondément. Quelqu’un qui avait fait le choix d’écrire simplement sur des choses profondes et difficiles et ce, y compris dans sa thèse de doctorat de théologie (A cause des pères. Le « mérite des pères » dans la tradition juive et dans la liturgie synagogale, 1992). Il avait l’humilité du vrai chercheur. En même temps, il était un prêtre qui célébrait chaque jour l’Eucharistie, priait l’office, priait personnellement, aimait l’Église et aimait Marie. »
Il décède en 2020 des suites du virus du Covid.
Michel REMAUD,
Chrétiens et Juifs entre le passé et l’avenir, Lessius, L’autre et les autres, 2000
l’Eglise au pied du mur : Juifs et Chrétiens, du mépris à la reconnaissance, Bayard, 2007
Paroles d’Évangile, paroles d’Israël, Éditions Parole et silence, 2012
[1] Éditions Albin Michel, 31 décembre1954-1 janvier 1955
[2] Calmann-Lévy, 1 janvier 1971
[3] Éditions Parole et Silence
[4] À l’écoute d’Israël, en Église ; L’Unité de la Trinité. À l’écoute de la tradition d’Israël , Parole et silence
[5] Parole et silence, Amitié judéo-chrétienne de France, mai 2021
[6] doctrine philosophique suivant laquelle il faut examiner les choses et les êtres de la manière dont ils apparaissent devant moi,
[7] Fayard, coll. l’Espace intérieur, 5 mai 1982
[8] Albin Michel,1963
[9] Éditions Gallimard/jeunesse, 1995
[10] Éditions Parole et Silence, 2004
[11] Posthume, éditions Parole et silence, 2011
[12] La reconnaissance, Le Saint-Siège, les Juifs et Israël, Éditions Robert Laffont 1992
[13] Éditions Parole et silence, 2012
[14] Idem, 2017
[15] Lessius, L’autre et les autres, 2000
[16] Bayard, 2007
