Théo Klein (1920 – 2020)

 Théo Klein (1920 – 2020)

Théodore Klein, alias Théo est issu d’une famille alsacienne attachée à la fois à la tradition juive et à la République française. Il entame des études de droit et pratique le scoutisme au sein des Éclaireurs israélites de France (EIF) à Paris puis à Vichy. Cet engagement sera déterminant dans son entrée dans la Résistance. Lorsque le gouvernement de Vichy crée l’Union générale des israélites de France en 1941, les EIF en deviennent la sixième section, d’où le nom du réseau de résistance fondé par les éclaireurs israélites : la Sixième.  

En juillet 1942, Théo Klein participe à l’installation des familles juives qui arrivent dans la zone italienne d’occupation. Puis il est chargé de la direction du service des faux papiers à Grenoble et dans la région Sud-Est. Il cherche des planques pour les jeunes juifs et organise des convois en direction de la Suisse. Par l’intermédiaire « d’assistantes sociales » et d’agents de liaison, il obtient la complicité de secrétaires de mairie de la région qui lui délivrent de faux papiers, cartes d’identité et d’alimentation, pour permettre aux Juifs en danger de se cacher.  

Après la Libération, il termine ses études de droit et obtient le diplôme de l’Institut d’études politiques.  Il est reçu comme avocat à la Cour d’appel de Paris.  Il aide alors des familles juives spoliées à récupérer leurs appartements. Entre 1945 et 1950, il participe à la fondation de l’Union des étudiants juifs de France dont il sera le premier président. Il dirigera par la suite l’un des grands cabinets d’affaires parisiens.  

Il se rend pour la première fois en Israël au début des années 50. Il aura ce mot : « J’ai eu le sentiment de rentrer chez moi. Cela peut paraître stupide. C’est comme ça ». Il obtiendra la nationalité israélienne dans les années 1960 tout en conservant la nationalité française, et s’inscrira à partir de 1970 au barreau de Jérusalem. Il dira : « Le lieu de ma culture est la France, le lieu de ma spiritualité est Israël ».  

A partir de cette époque, il devient un observateur précis et critique de la politique israélienne envers les Palestiniens et soutiendra plus tard les négociations qui mèneront aux accords de paix de 1993 dits « accords d’Oslo », qui lui font dire : « L’ensemble de la judaïté pourra profiter de la paix en Israël et donc de la possibilité pour la population israélienne de penser à autre chose qu’à la guerre, de construire une culture fondée sur les textes anciens, régénérée et porteuse d’un nouveau souffle ». Malheureusement, l’assassinat de Yitzhak Rabin, le Premier ministre israélien, par un étudiant juif d’extrême droite mettra fin à cet espoir. Il croyait profondément que les Israéliens devaient approfondir leurs relations avec ceux qui habitaient la terre d’Israël avant eux pour éviter une radicalisation encore plus grande des Palestiniens. Pour lui, son pays d’adoption ne devait surtout pas apparaître comme un avant-poste en Orient de l’Occident et des Etats-Unis. A ses yeux, le système d’élection à la proportionnelle intégrale qui prévaut en Israël empêchait le pays d’avoir une véritable politique. 

 

En 1970, il est vice-président du Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF) dont il deviendra le Président en 1983. Il est également le fondateur du Congrès juif européen, dont il deviendra le président, pour succéder à la section européenne du Congrès juif mondial. Il met ainsi en évidence la spécificité d’une Europe appelée à interpeller d’une seule voix le monde de demain.  

Grand lecteur de la Bible et simultanément militant laïque et républicain, il s’efforce de donner de l’ambition au CRIF en affirmant : « Je souhaite que les Juifs soient présents dans la société française, comme citoyens d’abord, mais aussi en tant que Juifs ». C’est lui qui instaurera en 1985 le fameux dîner où viennent chaque année le Président de la République ou le Premier ministre.  

Dans les années 1980 à 90, Il mène la bataille contre l’installation des carmélites à Auschwitz aux côtés des cardinaux Decourtray et Lustiger, mais son indépendance d’esprit lui fera prendre progressivement ses distances par rapport à l’idée d’un soutien inconditionnel à Israël assez fréquente dans la communauté juive française.  

Il dit en 2001 à propos des violences commises en France contre la communauté juive : « Le phénomène de violence dans les banlieues ne concerne pas seulement les Juifs. Toutes les frustrations se traduisent par des violences. Avant d’employer le mot antisémitisme, il faut y réfléchir à deux fois ». Il reproche à la majorité de la communauté juive de se refermer sur elle-même dans ses raisonnements, multipliant les références à la Shoah, ce qui la ramène trop souvent à dénoncer l’antisémitisme. C’est une position originale qui ne lui vaut pas que des amis en son sein. 

 

Dans les années 1980 encore, il sera avec Jacques Chirac, Jack Lang et Claude-Gérard Marcus l’un des principaux acteurs de la création du Musée d’art et d’histoire du Judaïsme à Paris. Il en sera le vice-président en 1988, puis le président en 2001.  

Il meurt le 28 janvier 2020 à Paris à l’âge de 99 ans.  

C’était un humaniste, profondément attaché à la laïcité et soutien d’un Judaïsme libéral, qui ne négligeait pas pour autant la spiritualité.