Grand Rabbin René-Samuel Sirat (1930 – 2024)

 

Grand Rabbin René-Samuel Sirat (1930 – 2024)

Le grand-rabbin René-Samuel Sirat en janvier 2019

Issu d’une famille nombreuse, René-Samuel Sirat nait en Algérie française. Il apprend l’arabe avant l’hébreu, ce qui n’est pas sans importance pour comprendre ses efforts ultérieurs afin de se rapprocher du monde arabo-musulman. Il affrontera l’antisémitisme durant sa scolarité. Il rejoint l’Hexagone en 1946 pour entreprendre des études rabbiniques. Il étudie d’abord à la yeshiva (école) d’Aix-Les-Bains où son adaptation est assez difficile, appartenant au monde sépharade dans un univers aschkenaze. On notera  qu’il aura à cœur, lorsqu’il deviendra grand-rabbin de France, de favoriser les rapprochements entre les deux branches majeures du judaïsme en dépit de leur différence de culture et de sensibilité. Il rejoint ensuite le séminaire israélite de Paris. Quand il obtient sa semikha, – c’est-à-dire son habilitation à devenir rabbin-, il est alors le plus jeune diplômé rabbinique de France. Il sera successivement rabbin à Clermont-Ferrand, puis Toulouse et les départements environnants.  Il devient aumônier des étudiants juifs de France, reprend ses études et obtient le diplôme de l’Institut national des langues et civilisations orientales (INALCO).   

En 1956, il devient professeur d’hébreu à Paris et sera le traducteur officiel entre le président français Charles de Gaulle et le premier ministre israélien Levi Eshkol lors d’une visite de ce dernier en France en 1964.  

Le dialogue inter-religieux et l’attachement à l’apprentissage de l’hébreu et de l’histoire juive constituent l’axe principal de son action. 

Il est chargé de mission de l’Inspection générale de l’Éducation nationale pour l’enseignement de l’hébreu de 1973 à 1980. A ce titre, il obtiendra la création d’un CAPES puis d’une agrégation d’hébreu.  

Son attachement à l’apprentissage de la langue hébraïque s’explique, entre autres raisons, par des motifs historiques. Il y a un avant et un après Auschwitz : auparavant les linguae francae du peuple juif étaient le yiddish, le judéo-espagnol et le dialecte judéo-arabe ; désormais, il importe de favoriser la pratique de l’hébreu, langue biblique des origines et langue du nouvel État d’Israël, appelé à devenir le creuset d’une identité retrouvée.  

Par la suite, il devient professeur à l’INALCO où il dirige la section d’études hébraïques et juives, puis grand-rabbin de France jusqu’en 1987.    

Entre son élection comme grand-rabbin de France et sa prise de poste, l’attentat contre la synagogue de la rue Copernic à Paris en 1982 marque une résurgence de l’antisémitisme. D’autres attentats suivent : la rue des Rosiers la même année, la rue de Rennes en 1986… Il a à cœur de réagir dès sa prise de fonction en organisant une cérémonie à la synagogue de la rue des Victoires. 

Rabbin d’ouverture, il affiche son intention de se rapprocher des juifs libéraux mais son initiative connait un succès mitigé. Il développe également les relations avec le Consistoire central, le Conseil représentatif des institutions juives de France (CRIF), le Fonds social juif unifié et l’Alliance israélite universelle.  

Le dialogue inter-religieux constitue l’autre grand volet de son action. Pour lutter contre l’antisémitisme, il est nécessaire de se connaître mutuellement et d’afficher l’attachement aux valeurs du Décalogue dont la déclaration universelle des droits de l’homme de 1948 s’inspire largement.  

Nommé co-modérateur de la Conférence mondiale des religions pour la paix, il participe à la deuxième rencontre d’Assise en 1993 auprès de Jean-Paul II. Cet évènement invite toutes les grandes religions du monde à prier pour la paix, dans un esprit de communion mais non de syncrétisme.  

Dans la même intention, il participe en 1999 avec Joseph Ratzinger, futur Benoît XVI, à la création de la Fondation pour la recherche et le dialogue interreligieux et interculturel à Genève par le Patriarcat œcuménique de Constantinople.  

Il est aussi directeur-fondateur de la chaire Connaissance réciproque des religions du Livre et enseignement de la Paix à l’Organisation des nations unies pour l’éducation, la science et la culture (UNESCO) ainsi que président-fondateur de l’Institut universitaire européen Rachi de Troyes, qu’il initie avec Robert Gallet, maire de Troyes. Il fait don en 2017 de sa bibliothèque talmudique à l’Institut Rachi. .  

Il soutient le projet Aladin de l’UNESCO qui voit le jour en 2009. Ce projet s’appuie sur les leçons de l’histoire, et particulièrement celles de la Shoah, pour combattre l’extrémisme, l’antisémitisme et l’intolérance contre les Musulmans. Il travaille avec des gouvernements, des représentants de la société civile et des enseignants, à travers le Moyen-Orient, l’Europe et l’Afrique pour faire de l’éducation un rempart contre la haine et la violence.        

Il est membre du Consistoire central israélite de France.  

L’Académie Hillel est créée en 1994 avec René-Samuel Sirat comme président. Celle-ci tire son nom du grand sage de la fin de l’époque du deuxième Temple, président du Sanhédrin, auquel est attachée une image de patience et de tolérance. Elle vise à inciter chaque Juif à développer une relation significative et durable avec Israël et les Israéliens.  

À l’occasion du vingtième anniversaire de la rencontre d’Assise, le pape François le reçoit en mars 2018 au Vatican pour une audience privée.  

Après son départ à la retraite, il fait son alyah (litt. ascension ou élévation spirituelle) à Jérusalem (Israël) en 2013 pour y rejoindre ses enfants. Il y meurt le 10 février 2023.